Le budget de la Sécurité sociale a été adopté mais pour assurer un financement durable de la « sécu » le compte n’y est pas. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2026 qui devait ramener le déficit autour de 20 milliards d’euros n’est certes plus la copie originale du gouvernement : exit l’année blanche pour les retraités, les hausses de franchises médicales, la suppression de deux jours fériés ou la hausse des cotisations sociales pour les apprentis… Et la réforme des retraites est suspendue, elle concernera plusieurs centaines de milliers de retraités, mais elle n’est pas abrogée.
Le fameux « tableau des horreurs » initial a évolué positivement mais le PLFSS demeure une œuvre libérale qui ouvre la voie à de nouvelles régressions sociales. Les macronistes et la droite jurent la main sur le cœur qu’ils veulent préserver notre modèle social, pourtant chaque coup de rabot sur les prises en charge par la Sécurité Sociale ou sur l’hôpital vise à toujours détricoter un peu plus notre système solidaire. En effet, le budget voté implique des coupes sombres pour la protection sociale et sanitaire des français : 4 milliards d’économies sur l’hôpital public, hausse de 2 % des mutuelles, limitation de la durée des arrêts maladie après un accident de travail ou déremboursement de soins pour des malades en affection longue durée (ALD).
Si le vote à l’Assemblée nationale apparaît comme une victoire politique pour Sébastien Lecornu (247 votes pour, 234 contre et 94 abstentions), la réalité c’est que de nombreux députés de gauche comme de droite optent pour la « stabilité » pour temporiser et éviter une élection législative anticipée qui pourrait faire des dégâts dans les rangs de la droite comme de la gauche.
Dans toute cette instabilité, la gauche n’a pas fait bloc vis-à-vis du gouvernement et seuls les députés PCF et LFI (en plus du RN) ont voté contre. En votant pour, le PS permet au budget de la sécu d’être voté. En s’abstenant majoritairement, EELV n’empêche pas qu’il le soit. Il n’en fallait pas plus pour que LFI s’offusque contre le PS, les accusant de trahison alors que pour des raisons électoralistes évidentes, la conduite des socialistes les arrange bien. La dispute entre sociaux-démocrates pour l’hégémonie à gauche est actée. Mais les assurés sociaux auront-ils pu comprendre les enjeux posés à notre modèle social ?
Cette fracture à gauche fait bien les affaires du RN et de toute la droite. Elle contribue encore à rendre le débat politique illisible et interroge sur les capacités de la gauche à se rassembler pour offrir des perspectives progressistes à nos concitoyens qui en ont tant besoin.